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samedi, 22 avril 2006
La no wave, une histoire de style
Faut dire qu'à l'époque (1978 - 1982) New York, ça avait de la gueule. La ville réunissait la crême de la crême de l'art contemporain, microcosme auto-inspirant et auto-créateur. Ecrivains (Ned Sublette), compositeurs minimalistes (revoilà Rhys Chatham), réalisteurs de films (Jim Jarmush, co-fondateur des Del Byzantines), artistes (Jean Michel Basquiat), acteurs (Vincent Gallo), poètes (Lydia Lunch), et donc, musiciens, émoustillaient une City qui allait devenir mythologique, mecque de l'arty rock.
La plupart des groupes du moment (et du East Side of Manhattan, bastion de l'effervescence) étaient fièrement déterminés à créer une musique qui n'avait encore jamais été créée, à inventer un son qui n'avait encore jamais été entendu, restructurant, destructurant totalement leurs influences.
La naissance d'un nouvel underground en somme.
Loin de l'underground britannique? Pas tant que ça. Comme dans le post-punk anglais, la no wave new yorkaise se caractérisait par une fusion élégante entre le punk et la dance music (comprenez le funk, le latino, le disco, puis, au début des années 80, le hip-hop avec Rahmelzee Vs K.Rob, et l'électro). Avec cela en plus qu'elle se permettait (beaucoup plus que le post-punk anglais) d'approcher avec une originalité consternante le free jazz, reprenant à son compte les idées de compositeurs aussi grands que Philip Glass, Steve Reich, Xenakis ou encore Stockhausen. Glen Branca explorera ce minimalisme (1980, l'album Lesson No.1). Le morceau Lesson No. 1 est un troublant instrumental basé sur un duo de guitares.
Autre caractéristique de cette scène new yorkaise, sa féminisation, poussée par le mouvement Rriot Grrl. Souvenez-vous de ESG, The Bush Tetras (la chanson Can't Be Funky, criarde de vérité : "you can't be funky if you haven't got soul", funky comme le disque Boom In The Night), The Bloods, jusqu'à la musique hypnotique et angoissante de Lizzy Mercier Descloux (une frenchy!).
La no wave naît lorsqu'en 1978 Brian Eno sort la compilation No New York. Mars (sans doute le tout premier groupe de no wave, la chanson Helen Fordsdale est d'une tension monstre, un punk dissonant et crispé), DNA, James Chance et ses Contortions, tous ces groupes apparurent dans cette compilation, manifeste involontairement commun d'un style nouveau.
James Chance, saxophoniste incompris, rejeté par une scène free jazz pas si free que ça, parce que monsieur se faisait trop sauvage sur scène, se jetant par terre, glissant sur le sol, sautant, jouant ses solos de sax de façon aggressive. Trop rock'n'roll quoi. Viscéral le James, excessif comme ses cris (la fin de Contort Yourself est une tuerie, tout comme l'album Buy)
L'apparente "désaculturation" des groupes dit "no wave", l'idée, en somme, qu'ils auraient renié leurs influences (d'où le nom), ou plus globalement le passé de la rock music, est finalement loin d'être une véritable desaliénation. Plutôt une remodélisation. Nouvelle forme de l'ancienne forme. Plus originale. Plus radicale surtout.
La no wave est dissonante, caduque, destructurée, hors de la grammaire classique de la musique, violente, primaire.
Et, au fond, nihiliste.
19:40 Lien permanent |
Vos réactions à cette note
the civil servant :
Salut Romain/
Tiens je vais encore te faire suer :James Chance je l'ai vu sur scène (81 je crois ou début 82). Et là je vais carrément te faire raler : je m'étais copieusement emmerdé.
Mais bon, parfois j'ai des goûts discutables.
Read you soon.
PS : nickel ton post sur les Buzzcocks ! Si tout va bien je les vois le 9 mai à Strasbourg.
the civil servant :
Euh sur les coks je rajoute juste une petite précision : en fait Devoto a laché l'affaire très vite (je suis même pas sur qu'il ait participé au &er album, sa contribution c'est essentiellement Boredom le 1er EP).
Mais ca ne change rien à mon appréciation précédente.
Romain :
The Civil Servant>> Mea culpa, Devoto se tire en mars 1977, juste après le premier single Spiral Scratch. Juste avant l'album Another Music In A Different Kitchen. Il me semblait pourtant qu'il avait fait de nombreux "aller-retour" durant ces années-là, participant à l'élaboration des premiers albums.
Merci de la précision/rectification en tous cas.
Et je confirme, tu me fais râler. Moi en 82 je poussais mon premier cri. Que de concerts ratés...
macha :
bon soir Romain (ouai je me vois mal te dire bonjour car il est 2h47 )
bref juste pour te dire que j'aime beaucoup la tournure que prend ton blog !!!t'inoves pas mal et on pense souvent a parler les choses qui sont nulles chiantes ou mauvaise mais moi cette nuit tu vois je me régale à te lire et écouter toutes les musiques que tu nous proposes (et ca on pense pas à te le dire!!!)
voila continues c'est génial....
tchusss
macha
Romain :
Macha>> Que dire... merci!

