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lundi, 19 juin 2006
Les héros du silence

Matt Elliott - The Kursk (mp3)
Matt Elliott - The Maid We Messed (mp3)
The Kursk
Oh jamais, grand jamais nous ne reverrons le ciel mes amis. Car voilà que nous chutons inlassablement dans l'oubli. Dans cette océan de noirceur qui transforme en silence tous nos cris. Cauchermard à la réalité terrifiante et sans lendemain. Nous mourrons mes amis et rien ne restera de nos êtres si ce n'est nos corps sans âme et sans vie, rendus sourds par le trop plein de mépris, paralysés par le détournement du regard et des mots. Remplis par cette eau qui nous assassine à petit feu, gonflant notre esprit d'une salinité féroce jusqu'à le faire imploser d'un trop plein de pression. Nous qui mourrons, eux qui vivront.
Ce bleu est si beau pourtant. Comment imaginer ne plus ouvrir les yeux sur cette terre vierge d'amour ? Comment réaliser que bientôt nous ne respirerons plus, nous qui nous croyions éternels, fiers navigateurs des mers et du temps ? J'aimerais vous dire que l'obscurité ne sera pas notre dernière sensation, que la froideur de cette machine qui nous broie lentement ne durera pas plus qu'un regret échappé du passé et qui s'enfuit dans la nuit, que bientôt, oui, très bientôt nous retrouverons la lumière, que, oui, nous revivrons à nouveau pour ouvrir les yeux comme à notre premier souffle.
Quelle joie mes amis cela aurait été ! Celle la même qui nous apaise lorsque l'on se dit que demain nous serons encore debouts. Quelle joie cela aurait été, oui. Celle la même qui nous fait oublier la vie en nous la rendant d'une rassurante normalité. Quelle joie cela aurait été, oui. Celle la même qui nous fait oublier la mort en la rendant lointaine et insignifiante. Pauvres mortels.
Les autres là-haut continueront de ressentir cette joie mes amis. N'y a-t-il rien de plus inacceptable que ce sentiment d'injustice ? Nous qui mourrons, eux qui vivront. N'y a-t-il pas de sentiment plus égoïste que celui qui nous ronge en ce moment, pourriture assoiffée de pourriture, poison maudit qui nous fait pitoyablement implorer notre étoile que déjà nous ne voyons plus ? Demain est un autre jour là-haut. Aujourd'hui est le dernier pour nous. Nous qui mourrons, eux qui vivront.
Demandez-moi ce que je ferais si je n'avais plus qu'un jour à vivre et je vous répondrai : "vivre tous les autres". Mais rien n'y fait. Nous sommes depuis longtemps perdus. L'existence elle-même a déjà renoncé à nous, comme un encombrant cadavre que l'on coule en espérant ne jamais le revoir remonter à la surface.
Ce bleu est si beau mes amis. Regardez-le bien car il est notre tombeau. J'aurais tant voulu être là haut pour survoler ses nuances au lieu de mourir englouti en son ventre, comme une merde qui ne sortira plus. Oui, que ce bleu est beau mes amis. J'aurais tant voulu glisser à sa surface comme un oiseau sans aile, force vive d'une nation qui m'a vouée à une attristante et banale fin. Etouffée et réduite à ce silence qui anime un monde décidément trop profond.
Quelle joie mes amis cela aurait été ! Celle la même qui nous apaise lorsque l'on se dit que demain nous serons encore debouts. Quelle joie cela aurait été, oui. Celle la même qui nous fait oublier la vie en nous la rendant d'une rassurante normalité. Quelle joie cela aurait été, oui. Celle la même qui nous fait oublier la mort en la rendant lointaine et insignifiante. Pauvres mortels.
Les autres là-haut continueront de ressentir cette joie mes amis. N'y a-t-il rien de plus inacceptable que ce sentiment d'injustice ? Nous qui mourrons, eux qui vivront. N'y a-t-il pas de sentiment plus égoïste que celui qui nous ronge en ce moment, pourriture assoiffée de pourriture, poison maudit qui nous fait pitoyablement implorer notre étoile que déjà nous ne voyons plus ? Demain est un autre jour là-haut. Aujourd'hui est le dernier pour nous. Nous qui mourrons, eux qui vivront.
Demandez-moi ce que je ferais si je n'avais plus qu'un jour à vivre et je vous répondrai : "vivre tous les autres". Mais rien n'y fait. Nous sommes depuis longtemps perdus. L'existence elle-même a déjà renoncé à nous, comme un encombrant cadavre que l'on coule en espérant ne jamais le revoir remonter à la surface.
Ce bleu est si beau mes amis. Regardez-le bien car il est notre tombeau. J'aurais tant voulu être là haut pour survoler ses nuances au lieu de mourir englouti en son ventre, comme une merde qui ne sortira plus. Oui, que ce bleu est beau mes amis. J'aurais tant voulu glisser à sa surface comme un oiseau sans aile, force vive d'une nation qui m'a vouée à une attristante et banale fin. Etouffée et réduite à ce silence qui anime un monde décidément trop profond.
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