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| L'homme qui parlait à l'oreille de son ange »
dimanche, 09 juillet 2006
Clogs, supplication marine
J'avance d'un pas franc et certain vers ce doux horizon que je vois au loin. Imperceptible ligne de fracture entre ma terre aride et son ciel sans nuage. A chaque nouvelle approche, mon corps se décompose, s'effrite, meurt en mille morceaux. Mais où suis-je donc ? Quelle est cette musique à l'esthétisme raffiné qui m'accompagne, m'envoute, et persuade mon être d'avancer, encore et toujours, vers ce no man's land terrible et effrayant que je vois ?Sous mes pieds crépitent mes prédécesseurs, mille fois vaincus par cette solitude meurtrière qui ne laisse aucune porte de sortie. Qui vous broie comme je broie en ce moment leurs os. Qui vous emporte insidieusement dans un souffle d'une si évocante mélancolie que l'on se demande si ce ne sera pas notre dernière expiration. Sensualité ultime et mortuaire.
Mais j'entends pourtant ce violon incarné. J'entends ce piano merveilleux. J'entends toujours cette douceur. Je perçois encore ce romantisme qui m'a tant fait vibrer tout au long de ma vie. N'est-ce donc pas que je suis bien vivant ? Oui, toujours vivant. Car quoi, comment pourrais-je ressentir cette beauté qui arpente mon esprit si je n'étais déjà plus de ce monde ? Comment serait-ce possible que la mort soit encore plus belle que la vie ? Oui, comment serait-ce possible. Ce n'est déjà même pas pensable.
Mais je vois là-bas cette lanterne qui brule. Brule-t-elle pour moi ou est-ce moi qui suis en train de me consumer dans une illusion de bien être ? Souvenir après souvenir, respiration après respiration, battement après battement, pas après pas, jusqu'au dernier.
Non, je ne peux pas croire que cette musique de chambre ne soit qu'un requiem de fin. De ma fin. Fragile comme la vie, abstraite comme cette mort qui me tend les bras, atrocement délicate puisqu'ultime. Comme une faveur accordée avant un dernier saut. Je ne peux pas croire que ce frisson soit le dernier. Je ne peux pas croire que derrière ces volutes bleues ne se cache pas un monde plus beau encore. Je ne peux pas croire que cette vague que je sens me submerger ne me laisse pas un jour remonter à la surface de cette eau si chaude et si claire pour revoir ce ciel si pure et si vaste.
Alors, il ne me reste plus qu'à compter. 1, 2, 3, 5. Et espérer que quelqu'un m'entende, aussi bien que j'entends ce monstre dont on ne prononce jamais le nom prophétique s'abattre doucement sur moi. Qui m'effleure comme pour mieux me dévorer. Qui s'approche et me chante sa vision du monde et de l'existence. "Tu as déjà bien assez vécu" me dit-il. "Je t'offre la plus belle des musiques de fin".
"Ecoute. Et meurs."
Lantern
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Clogs, Lantern (Talitres Records/Differ-Ant, 2006)
14:25 Lien permanent |
Vos réactions à cette note
changaili :
ah vi j'adore! c'est ce qui me faudrait comme zic de fond pour ma lanterne à moi...
