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jeudi, 20 juillet 2006

Jogger n'est pas jouer

medium_Sans-titre-1.6.jpgLorsqu'un collègue de travail qui a fait 20 années de boxe (et que l'on respecte rien qu'à cette idée insurmontable de se faire taper dessus pendant tout ce temps) vous propose d'aller faire "un peu de sport", on a du mal à refuser. Premièrement parce qu'à la vue de notre corps frêle et mou, on se dit que dire non c'est franchement donner le baton pour se faire battre. Vous voyez ces fumeurs qui décident d'arrêter de fumer une journée histoire de se donner bonne conscience ? Bon et bien moi là c'était la même chose. Pari osé vue ma propension à la non-activité physique. C'est donc avec un réel enthousiasme (ok, profondément intériorisé) que j'ai ramené mes fesses ce matin devant l'entrée du parc Borely (les marseillais connaissent), le rendez-vous immanquable de tous les joggers solitaires.

Au bout de 5 tours de parc (c'est un grand parc, hein), et bien j'ai compris quelque chose que jamais je n'oublierai et qui restera gravé tout au fond de moi et que même un jour, au coin du feu, j'en reparlerai à mes petits enfants avant de leur offrir un Werthes Original : courir avec quelqu'un qui a 20 années de courses à pied dans les jambes, c'est une mauvaise idée. Non, que dis-je, c'est la pire idée que l'homme a pu un jour avoir à l'esprit. Une faute qui devrait être inscrite comme 8ème pêché. "Tu ne courras jamais avec un plus fort que toi". Oh non jamais. D'ailleurs, si Jesus avait couru, personne ne l'aurait suivi.

Le truc quand tu cours c'est qu'à un moment donné (appelons cela le point de non retour), tu te poses LA question. La question que tu aurais du te poser avant d'avoir commencer à courir, mais comme tu es idiot (et que ton corps est, je le rappelle, frêle et mou), tu n'y penses que maintenant, alors que tes jambes pèsent le poids de deux camions, que la route devant toi te paraît interminable, et que déjà, autour de toi flottent des déesses aux couleurs de l'arc-en-ciel et aux seins nus qui t'invitent avec tout leur savoir-faire à cesser de courir et à t'allonger par terre, là. Pour, enfin, ne plus bouger.

Cette question, je vais vous la dire. Peut-être qu'un jour vous vous la poserez au bon moment.

(...)

"Pourquoi bordel de merde suis-je en train de me faire chier comme un rat mort à courir sur cette putain de route sous ce putain de soleil de plomb alors que, bon sang, personne ne m'y oblige ?"

Ou (alternative) : "Mais putain que ces joggers sont cons, y'a pas plus con que de courir comme un demeuré jusqu'à se faire exploser le coeur, lécher le sol avec sa langue, suer de toute son eau (le corps en est composé de 75% mais quand même), pourquoi as-tu décidé de faire comme tous ces cons ? Mais bon sang, pourquoi donc ?!"

Et voilà, tu cours et tu te poses cette question. Et tu continues à courir en te la posant. Parce que non, tu continues, tu t'arrêtes pas. Mais par contre tu te la poses bien, ça oui. Et plusieurs fois aussi. Mais tu cours. Mais tu te la poses. Mais tu cours.

Toujours.

J'en conviens, il faut une bon dose de réflexion a priori pour se poser cette question "avant". Le pire, je vais vous le dire. Le pire c'est qu'on tombe dans le piège à chaque fois.

Non quoi, je veux dire, cette question, combien de fois je me la suis posée. En cours de gym au collège alors que ma prof d'EPS nous tanait pour faire des tours dans la cour de récréation, au lycée aussi, mais bon là au moins il y avait un arbre, on pouvait se cacher derrière, jusqu'à ce qu'un nombre trop important de flémards, tassés comme des sardines derrière son tronc, dévoilent involontairement la supercherie. Alors, commençait une lutte insatiable et sans pitié, où les plus faibles étaient rapidement écartés de l'arbre, à la merci (et à la vue, surtout) du prof et de son (fameux) chronomètre (tous les profs de sport ont un chronomètre? j'ai toujours haï ce chronomètre, je suis sûr que le chronomètre des profs d'EPS est trafiqué, doit y avoir des chronomètres spéciaux pour profs d'EPS).

Les plus forts, eux, gardaient jalousement la cachette (qui était devenue leur). Les filles, elles, courraient comme des baleines (qu'elles n'étaient pas toutes, je vous l'accorde, mais une fille qui n'a pas l'habitude de courir court toujours comme un gros sac) (ok, là je vais m'attirer la foudre de ma fleur et de toutes les filles qui lisent cette note, je m'excuse par avance). Les mecs, eux, c'était un peu différent (juste un peu, il y avait aussi pas mal de baleine dans le tas). Certains étaient sportifs, habitués donc, et cranaient en piquant des sprint qui duraient 20 minutes. Infatiguables. Désespérément infatiguables. Fatiguant, par contre, à voir passer (et repasser) (et repasser). Chaque dépassement était pour le jeune et frêle garçon que j'étais une humiliation de plus. Heureusement, j'en profitais pour faire la causette aux baleines qui, elles, allaient à mon rythme.

Comme je dis souvent : rien ne sert de courir...

Frank Black - Sad Old World (mp3). J'ai du mal à suivre la discographie de Black. Le genre d'artistes qui va trop vite pour que je puisse m'attarder sur tous ses albums (même si ce n'est pas l'envie qui manque). Le seul avantage avec l'ex fan des Pixies c'est qu'on retrouve à peu près à chaque fois sa bonne vieille recette : chanson pop agréablement teintées de folk et de country, voix de plus en plus soul (le bonhomme prend de la bouteille depuis le Frank Black de 1993), toujours aussi profonde, orchestrations léchées, solo de guitare toujours aussi bluesy. Esprit rock. Son dernier disque, Fast Man Raider Man, est (trop) long à ingurgiter (double CD oblige). Mais qu'importe, au hasard du shuffle, vous serez certains de tomber sur une bonne chanson. Sad Old World, par exemple. Magnifique slow emplie de soul qui a tout du petit classique rétro indémodable.

Sonic Youth - I Dreamed I Dream (mp3). Ce n'est une nouvelle pour personne, le tout premier album des Sonic Youth a été réédité. L'occasion (s'il en fallait une) de réécouter I Dreamed I Dream (trouvez-moi plus beau titre) histoire de (re)découvrir qu'à l'origine, les Sonic n'étaient pas encore le groupe de noise que l'on connaît, mais versaient plutôt du côté de la no-wave new-yorkaise, froide, lancinante et cauchemardesque. Pour moi, l'une des plus belles chansons du groupe.

Gravenhurst - Velvet Cell (mp3). On reste dans la pénombre, plus mélancolique dirons-nous, avec Nick Talbot (aka Gravenhurst) et un extrait de son album Fires In Distant Buildings (2005), Velvet Cell, petite perle post new-wave inspirée de Joy Divison aux guitares tranchantes et au final sublime (ne le ratez pas). Le disque fera partie de mes albums de l'année, entre le folk de Nick Drake, la noise de Slint, le post-rock électrisant de Low, le rock stratosphérique des Spacemen 3 et la pop nineties des Pale Saints. J'en reparle ici à coups sûrs.

13:55 Lien permanent |

Vos réactions à cette note



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je suis nostalgique des deux premiers chef d'oeuvres de Gravenhurst et je n'ai pas réussi à me plonger dans son troisième opus.
faudrait que je le ré-écoute un jour...