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| Le livre qui voulait voir du pays »
samedi, 29 juillet 2006
Le secret du Bataclan
Depuis que je suis en âge de le comprendre, mon grand père m'a toujours parlé de m'emmener draguer au Bataclan. Bon. Passées les dix premières années emplies de naïveté ("Oh chouette on va au Bataclan ! Et c'est quoi d'abord le Bataclan? Comment ça il y a des grand-mères avec leurs petites filles ?") j'ai fini par comprendre que cette invitations à la débauche adultèrienne n'était qu'une blague. Du pur et efficace comique de répétition.Je n'ai jamais pu expliquer une telle obsession pour cette salle (ok mise à part les grand-mères). Cela faisait partie du mystère de mon grand-père. Moi je riais simplement en lui disant d'aller se faire un cuir un oeuf.
Jusqu'au jour où je suis tombé sur le live au Bataclan de Lou Reed, John Cale & Nico (Bataclan 72). Et là, boom. La révélation. Le choc. Que dis-je, la stupéfaction. En un instant, je compris l'incompréhensible. Après tant d'années d'interrogation, enfin, la Vérité.
En 1972, mon grand-père était au Bataclan au moment même où Lou Reed, John Cale et Nico offraient aux petits adolescents
(...)
Le choc j'vous dis.
Ce gentil bonhomme qui passe sa vie à jouer à la pétanque, à boire du Pastis et à faire (à 84 ans passés) le guignol pour mon plus grand plaisir était un fan secret du Velvet Underground. Il était monté à Paris assister, sans que ma grand-mère ne l'apprenne, à ce concert mythique, là-bas, au milieu de jeunes desaxés qui, 4 ans après avoir lancé des pavés dans la mare, juraient devant Satan de plonger pour toujours dans le psychédélisme, les drogues et les délires sexuels en tous genre.
D'ailleurs lui aussi avait juré.
Il avait fumé avec eux, montrant ses fesses à des minettes en chaleur, terminant le concert par un petit fix, les veines gonflées à bloc de substances illicites, hurlant "Heroin, you're my wife, you're my life !" et avait fini la soirée dans les bras de Bowie et Warhol venus pour l'occasion participer à la partouze générale, derrière, dans les coulisses, où l'on ne distinguait déjà plus les hommes des femmes, entre instruments sado-maso, vêtements en cuir, perruques de toutes les couleurs, attitude glam-rock avant l'heure, délirant patchwork erotico-hallucinogène, brouhaha de cris et d'orgasmes léchés à souhait.
(...)
Hum.
Mais maintenant que j'y pense. C'était peut-être le concert de Zizi Jeanmaire.
En fait.
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