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dimanche, 06 août 2006
L'immatérialité dépoussiérée (I)
J'ai décidé de me lancer dans le dépoussiérage de ma mp3thèque. J'ai relu avec attention le post de RYS (aka Civil Servant). Je me suis reconnu dans cette soif de possession dont parle notre ami. Ce néant sur lequel elle débouche. Aussi. Cette impossiblité temporelle et finalement mentale d'ingurgiter plus de 3 albums par jours au risque de ne plus réellement les écouter.
Revenir à la base. Se reconcentrer sur un essentiel subjectif. Oublier définitivement l'objectivité illusoire du mélomane averti : "Ce disque est un bon disque. Même s'il ne me viendrait pas à l'idée de l'écouter, c'est objectivement un bon disque. Je le conserve." Ne pas devenir ce collectionneur de tableau devant un Picasso dont il ne comprend pas le sens, mais qu'il accroche à son mur parce que c'est un Picasso.
Effrayant.
Cette démarche de sélection peut être considérée comme un minimum syndical aux yeux de certains. A défaut d'acheter les disques. Que puis-je répondre. Manque d'argent ? Oui bien sûr. Comme tout le monde. Mais pas que cela. L'idée d'acheter un disque par semaine et pas les 10 dont j'aurais envie me frustre. Je ne veux pas me retrouver devant un disque que j'aime tout en regrettant les autres. Me mettre à douter : "Ai-je bien fait d'acheter celui-ci ? Pourquoi n'ai-je pas plutôt acheter celui-là?" C'est une façon, je m'en rends compte, de ne pas faire de choix. Je rêve parfois de ne tomber amoureux que d'un disque par semaine. Par mois. Le disque. Celui qui colle parfaitement à ma vie. Tout serait plus facile.
Le tri d'une mp3thèque de 60 Go (je n'ai aucun objet de comparaison, je ne peux vous dire si c'est très -trop?- important) passe par un seul chemin possible : l'écoute. L'écoute attentive de tous les albums. Ceux-là même que l'on avait écoutés (entendus?) rapidement le téléchargement terminé et que l'on avait rangés, vite (trop vite) dans (le placard) nos rayons.
Cela prend du temps. Et, je m'en rends compte, demande une exigence décuplée. Car il ne faut rien laisser au hasard. Et puis, il faut être (cette fois-ci) radical. Ne conserver que le meilleur. Non, pardon, que ce que je considère comme le meilleur. Mon meilleur. Oublier le nom, le Picasso accroché au mur, et pourquoi pas lui préférer une toile d'amateur. Plus proche de soi. De moi.
Je vous propose d'écouter My Winding Wheel (mp3) de Ryan Adams extraite de l'album Heartbreaker. Du folk-country conseillé par Thanu, vous pouvez y aller les oreilles fermées, cette ballade vous touchera.
My Winding Wheel
22:05 Lien permanent |
Vos réactions à cette note
the civil servant :
Oui elle m'a touché Romain !
RYS
PS : RYS c'est mon tag, je reste le Civil servant;)
Romain :
Civil Servant>> Je sais, mais RYS c'est devenu ta marque de fabrique. Ta "signature".
L'Anonyme de Chateau Rouge :
60 je sais pas, mais 30 c'est déjà suffisant pour moi.
Quant aux albums ça fait des siecles que je ne suis pas tombé sur 3 albums qui valent le coup en un soir (et même en une journée.).
Depuis l'année derniere : Funeral, Blueberry Boat, Piccaresque, I Am A Bird Now (d'ailleurs moins bon que son premier.). (le dernier Tv on The Radio peut être mais il me faut plus de temps pour me prononcer...)
Ensuite les demis albums grandioses, les singles fabuleux et les maxi sympas j'en ai écouté à la pelleteuse de chantier, mais des Albums...2, 3....
Moi mon problème ce n'est pas de faire de l'archivage, c'est que j'émets de plus en plus de doute sur l'objet "Album".
J'ai souvent l'impression qu'a l'heure des P2P, les artistes eux même ne croient plus que leur album s'écoute comme un Album. Alors ils travaillent réellement deux trois, quatres titres et puis se la coulent douce sur le reste. Il faudrait plus sortir des maxi avec 4 titres bien torchés plutot que faire des albums de 11 titres avec la moitié à foutre à la poubelle. Mais bon comme écrit au dessus il y a des fois des perles Fiery Furnaces, Arcade Fire, Antony & The Johnsons, The Decemberists. Rien n'est à jeter, que du bon. c'est rarissime mais ça arrive.
Romain :
AdCR>> Tu soulèves une vraie question en effet. Le P2P nous a peut-être révélé (sur le tard) le problème du concept d'album : son imperfection, et, de facto, son inutilité (exception faite, bien sur, des disques où il n'y a rien à jeter).
abricot noir :
Le phénomène des audioblogs a démultiplié le problème : millions de références, révélations à gogo... Je crois que la valeur propre - et donc l'importance - des albums que tu achetais auparavant allait de pair avec la rareté des découvertes. Nous avions tout simplement le temps d'apprécier, avant la prochaine baffe. Je crois que connaitre et écouter simultanément 30 groupes de punk avait marqué le sommet de mon érudition lycéenne. Mon ordi en comporte aujourd'hui le quintuple, au minimum.
Picasso se vend au rayon virgin en promo et tu l'achètes pour 6€.
Perso je ne télécharge pas trop, sinon les extraits sur blog. Par contre je me retrouve avec de nombreux morceaux volants sur disque dur. Pas mal de cd empoussiérés aussi (l'achat ne garantit pas la pérennité de l'écoute). Vivement septembre et ses braderies.
Bon courage à toi :-)
