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mercredi, 16 août 2006
L'immatérialité dépoussiérée (VI)
En voyant tout le mal que je me donne pour rafraîchir mon mp3thèque, je me dis que bientôt elle aura plus d'importance que ma discothèque. C'est une idée plutôt inquiétante quand on y songe mais finalement bien réelle. Faut dire que même avec le portefeuille le plus chargé du monde jamais je ne pourrai rattraper le retard que j'ai accumulé au fil de mes téléchargements.
Ce n'est pas comme si je n'avais qu'une dizaine de disques à acheter pour repartir sur le bon chemin. Ce point de non retour dont je vous avais parlé, c'est un peu cela aussi. Cette démotivation qui vous fait dire "à quoi bon essayer de remonter la pente, j'ai 300 disques à racheter si je veux sortir de ce bourbier".
Depuis que je me suis tourné vers mon mp3thèque, depuis donc que j'ai délaissé ma discothèque, j'ai bien du mal à rééquilibrer la balance. Et ce ne sont pas les quelques CD achetés à l'occasion par acquis de conscience qui m'aideront.
Le problème est avant tout financier évidemment. Dans le meilleur des mondes, je possèderais tous mes albums préférés en disque. Dans ce monde-ci j'ai trouvé une solution me permettant de les posséder tous, gratuitement mais sur un format d'une valeur moindre. Immatériel. Le mp3. La différence est subtile et énorme à la fois.
Toute la question est au fond de savoir si je parviendrai à me satisfaire de ce sous-format.
Un seconde problème s'annonce et complète le premier. Il est d'ordre psychologique.
Je suis un maniaque. Je ne peux pas avoir matériellement deux discothèques. Deux supports différents. Cela me trouble. D'autres s'en foutraient et accumuleraient CD, vinyl, cassettes, mp3 sans le moindre problème. Moi, j'ai besoin d'ordre pour apprécier la musique. Le même besoin d'ordre qui m'a fait accumuler des albums entiers sur mon ordinateur au lieu de n'en conserver que mes chansons favories.
C'est infiniment contestable, mais c'est ainsi.

Ces deux probèmes réunis amènent à me faire penser que toutes les plus belles réflexions sur le concept d'album, sur l'objet-disque, sur l'intérêt des pochettes et du rituel de l'achat et de l'écoute sont vaines. Peut-être dois-je tout simplement accepter d'avoir tourné une page et continuer ma vie musicale à l'aune d'une nouvelle valeur : le mp3.
Je ne sais plus lequel d'entre vous (Papa Sam ?) nous parlait de ce qu'Internet pouvait apporter à la connaissance d'un artiste. Remplaçant au bout du compte les pages d'un livret. Il y aurait donc bien de la matérialité dans l'immatérialité. Le mp3, repris dans son contexte numérique (c'est-à-dire relié intrinsèquement au foisonnement de connaissance que nous offre Internet) serait potentiellement autre chose qu'un simple fichier.
Pris dans son ensemble, l'écoute numérique aurait alors la même valeur que l'écoute "organique". Internet, son immatérialité, ne nous éloignerait pas à ce point des artistes (liens web, sites officiels ou de fans, myspace, etc.) et surfer sur Wikipédia reviendrait au même que lire une biographie dans un livret.
Soit, en somme, l'invention d'un nouveau rituel.
Je vous propose d'écouter un extrait du dernier Destroyer, Destroyer's Rubies. La chanson s'appelle Painter In Your Pocket (mp3) et elle est chouette... comme tout le reste du disque. Je n'avais pas du tout accrocher avec le précédent album (Your Blues). La voix de Dan Bejar trop maniérée sans doute. Ce sixième (?) opus fait partie de mes meilleurs disques de l'année. Allez comprendre. Si vous aimez la pop mélancolique, sophistiquée et lumineuse de Bowie, cette chanson est pour vous.
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Trackbacks
L'immatérialité dépoussiérée
Il y a de cela quelques semaines, je parlait ici du blog tenu par un rédacteur de la Blogothèque tentant de se désintoxiquer du téléchargement compulsif. Depuis quelques jours, c'est à Blog Pop que s'est étendue la prise de conscience.
Trackback par : I am not here ... | dimanche, 20 août 2006
Vos réactions à cette note
Tigermilk :
En complément, je recommande l'album Streethawk: A Seduction, plein de pop lumineuse à la Bowie, comme tu le dis. Certains albums de Destroyer, je n'accroche pas du tout, mais celui-là oui.
Romain :
Streethawk: A Seduction ? Je ne connais pas cette album. Merci du conseil.
spoon :
Juste pour te dire que j'aime bien le nouveau look de ton blog ; continue de nous faire découvrir ou re découvrir de la bone musique !
Romain :
Merci Spoon.
Chtif :
Bon, ça y est, j'ai tout lu...
(merci pour l'après-m' de boulôt gâchée, en apssant).
je me suis pas mal énervé, emporté, à la lecture de ces articles sur ta mp3thèque. Ca doit surtout être la peur d'un jour en arriver au même point que toi. Pour l'instant, je continue à acheter des cds (jusqu'à 5 par semaine), tout en téléchargeant à côté, pour découvrir uniquement... J'essaie de transmettre mes impressions par internet, de m'attacher à l'historique des groupes, en espérant que quelqu'un percevra à son tour des choses passionnantes par ce biais. Pas trop de morceaux en écoute chez moi, parce que je pense que faire l'effort d'aller chercher le disque (même sur internet), c'est déjà un premier pas qui permet de s'intéresser au contenu lui-même, en tout cas d'avoir envie de découvrir.
Et si tu essayais de faire une pause ? ne plus télécharger, pour un moment, ressentir le manque, quelque chose comme ça...
Bon, allez bye, bonne continuation !
romain :
Chtif, si je pouvais me payer 5 disques par semaine, je n'aurais plus aucun problème...
Orouni :
Le nouveau look avec Leo est un must !
Chtif :
Ola Romain, réponse à tête apaisée dans ton post "immatérialité 7" !
Romain :
Orouni, oui, j'avai oublié cette magnifique photo dans le livret de I'm Your Man... je me suis dit : wouah, c'est ça que je veux.
Attention les gars, Leonard vous regarde...
martian shaker :
Intéressante réflexion sur le mp3, que je partage - au sens propre et figuré.
L'enjeu est à mon sens la capacité du mp3 - présenté il y a quelques années comme un format compressé (dégradé) du son numérique codé en 44,1Mhz - à devenir un standard acceptable par/pour le grand public.
Les connexions prévues de lecteur mp3 vers l'ampli, la vente de ipod avec socle à enceintes, et plus encore l'achat chez les éditeurs en ligne de titres à l'unité au format mp3, contribue à légitimer ce format comme digne d'écoute... et donc à poser progressivement la question : à quoi sert-il d'acheter des disques ?
On ne peut pas créer une équivalence entre un fichier de 50 Mo et un fichier de 5 Mo ; il n'y a pas de secret, même si les carrés de poisson sont toujours du poisson, il faut juste se souvenir qu'il existe du poisson frais et on ne saurait m'imposer le fait que désormais le standard de poisson c'est du poisson en carrés panés : une écoute audiophile n'a rien à voir avec une écoute mp3 !
Il ne s'agit pas non plus d'avoir un format "riche" et un format "pauvre", car avec peu d'argent, un mélomane est capable d'investir dans les disques qu'il aime.
Indépendamment des questions de droits des auteurs, des oeuvres... il y a à mon sens deux problèmes avec la gratuité - et qui ne touche pas que le numérique - c'est
1 - le gaspillage : si je peux disposer sans effort de toutes sortes de pommes sans les acheter, au bout d'un moment mon bac à fruits sera encombré de pommes pourrissantes, car j'en possèderai plus que je ne peux en manger.
Si les mp3 ne pourrissent pas vraiment, ils croupissent au fond des disques durs car on a souvent tendance à avoir les yeux de la curiosité musicale plus gros que le ventre (du temps possible d'écoute).
2 - le dégoût : si je me gave, je finis par être dégoûté. L'accès ultra-facile à toutes sortes de musiques crée un effet de saturation qui donne le vertige, le sentiment du à-quoi-bon une découverte de plus, j'en ai déjà tellement à découvrir....
Ma démarche aujourd'hui : considérer le mp3 sur internet comme un simple format d'écoute et de découverte (à la manière des bornes d'écoute dans les magasins) mais être de plus en plus sélectif, ne pas récupérer n'importe quoi, et un principe : acheter le disque - si possible en vinyle - chaque fois que je tombe sur une perle.
