« L'immatérialité dépoussiérée (VII) |
Page d'accueil
| That is the question, mark »
lundi, 21 août 2006
Archie Bell & ... Sebastian ? Oh.
- I Love 60's #1 -
Parfois j'écoute la musique pour ne plus entendre le bruit effrayant du temps qui passe. Restant là à ne rien faire d'autre que d'essayer de combler son silence meurtrier et irréversible. Sans bouger. Les yeux fixés sur un ailleurs dont je ne sais rien mais qui m'attire profondément à chaque fois. La musique a ce don aussi de vous emporter le temps d'une chanson dans un monde à l'arrêt. Ou plutôt dans un monde qui bouge pendant que le votre s'est curieusement arrêté.
C'est troublant.
Cette absorption par l'abstraction. Ce glissement vers l'écoute aveuglante d'une mélodie. Et derrière vous plus personne.
Comme un rêve duquel on ne sort qu'avec le retour tellement pesant de la rumeur du quotidien. Soudain nous revoilà. Ce réveil à la fois doux et atrocement regrettable où nous percevons à présent le monde qui nous entoure et que nous croyions quelques secondes auparavant devenu à jamais immobile. Pour toujours métamorphosé en un instant et un seul. Notre instant.
La musique est notre machine à remonter le temps. Notre machine à construire l'avenir aussi. Notre objet à fantasmes. L'auxiliaire de notre imaginaire en manque, parfois, d'illusions. La pellicule de notre existence. Gravées pour longtemps nos mémoires, notre mémoire, sur ces minutes de songes.
Les gens qui n'écoutent pas de musique ne rêvent que lorsqu'ils dorment. Sans choisir le décor de leur promenade nocturne, sans prendre la main de la personne avec qui ils ont toujours voulu marcher, sans apprécier enfin la magie de ce voyage où nous ne sommes plus.
Je me suis souvent demandé pourquoi j'aimais une chanson et pas une autre. Où était l'élément déclencheur. Et surtout à quoi consistait ce déclenchement. D'où il partait. Pour quelle destination. Probablement une histoire de capteurs/récepteurs, une histoire de neurones, de cerveau, de connection. Peut-être que certaines chansons nous permettent plus de rêver que d'autres. Nous estimerions alors la musique par son potentiel onirique. Consciemment ou non.
L'interrogation sur ses goûts musicaux amène à se questionner sur l'origine de sa sensibilité musicale. Sur sa véracité aussi. Suis-je bien le mélomane que je pense être. N'y aurait-il pas un raveur enfoui en moi (mais alors bien profond hein) ?Pourquoi et comment en suis-je venu à écouter cette musique ? Quel mélomane aurais-je été sans la révolution du téléchargement ? Quelles auraient été mes habitudes d'écoute ? Je suis si surpris de ce changement. Dire qu'il y a à peine deux ans, je ne connaissais presque rien du P2P, du mp3, des disques durs externes, et des Go à n'en plus finir. Dire qu'il y a à peine deux ans, la mémoire de mon vieille ordinateur de bureau ne me permettait de stocker que 8 Go de musique et qu'à vrai dire, je n'en stockais même pas le quart. Dire qu'il y à peine deux ans, je ne connaissais pas les 9/10 de ce que je connais aujourd'hui après pourtant près de 15 années d'écoute.
Jusqu'où allons-nous dans cette progression exponentielle ? Et, surtout, qu'en retiendrons-nous ?
Dans 40 ans, lorsque mes petits-enfants me demanderont ce que j'écoutais lorsque j'étais jeune, que leur répondrais-je ? Quel était mon groupe favori ? Ma chanson préférée ? Je resterai probablement muet.
Tout l'enjeu du problème est que cette accumulation de musique n'arrive jamais à saturation dès lors que nous ne retenons rien ou presque. Cercle vicieux par excellence. Plus nous découvrons, moins la musique nous marque. Elle devient alors un simple instrument de l'instant utilisé pour combler le silence de la vie. Scotchée à notre quotidien. Sans aucun recul. Ne faisant que passer comme autant de voitures sur un autoroute. Comme autant de visages anonymes.
Je sais que toutes ces questions paraîtront à certains inutiles. Elles résultent pourtant d'une démarche qui me semble nécessaire lorsque l'on entre ainsi dans une période d'écoute intense : cette reconcentration sur ce que l'on aime vraiment et, de facto, sur ce que l'on est. Vraiment.
Je vous propose d'écouter Tighten Up (mp3) de Archie Bell & The Drells, petite perle funky aux saveurs d'un apéritif teinté d'or et de chaleur extrait de l'album du même nom.
23:00 Lien permanent |
Vos réactions à cette note
Stéphane :
Pas de chanson avec ce billet ? :-(
Romain :
Mais bien sur :)
L'Anonyme de Chateau Rouge :
Si tu veux du commentaire, il n'y a qu'a me demander (et que je puisse trouver du temps pour te répondre...tiens donc le temps...).
Il y a un je ne sais quoi depuis les années 90 qui définie ces jeunesses enfantée par la génération 68 et les quelques années avant et après cet année qu'ils qualifient aujourd'hui d'historique. Ce je ne sais quoi c'est un besoin de "savoir". Nos grands parents ne "savaient pas" que l'on foutaient au four principalement les juifs puis les tziganes, les homosexuels et handicapés. Nos grands parents en général ne "savaient pas" que Pétain et sa clique collaboraient. Nos parents par reflexe anti-fasciste on cru au communisme d'Etat (Stalinisme, Maoïsme, Castrisme). Ils ne "savaient" pas que Staline massacrait à tout vas que Mao était dingue au point de butter tous les piafs de son pays et que Castro sans le Che c'était proche de Batista. ça se reflette dans la musique, en 40 on guinchait sur Chevalier et Charles Trénet. En 68 on avait John Lennon et ses scarabés. A chaque époque leurs figures totémiques. Face à ses deux générations qui au fond n'ont jamais voulu savoir ( la réalité des camps était plus ou moins connu et les crimes du communisme d'Etat avaient été en 68 depuis longtemps découvert...) on s'est retrouvé là. On sait à quoi mêne le fascisme, on sait à quoi mene l'anti-fascisme extreme. Notre savoir nous empeche d'adhérer à une idéologie. Notre savoir nous pousse à faire attention à ce qui nous est présenté comme bien. ça marche je pense également dans la musique. On a un besoin de savoir. Ce besoin de savoir nous mène à nous méfier du fanatisme en politique, religion ou artistique. Si on adhere à aucune idéologie, on adhere plus non plus à un groupe particulier. On veut se faire une idée de tout pour ne pas tomber dans un piege.
Romain :
L'AdCR : et oui, nous vivons dans la post-modernité, autrement dit dans un monde où les idéologies sont mortes et où il ne nous reste plus qu'à trouver notre identité dans un désert de sens.
Flippant.
L'Anonyme de Chateau Rouge :
je me suis relu... j'ai l'impression d'avoir dit n'importe quoi...Il y a de l'idée sans doute mais c'est trop ramassé.. finalement même si ne n'aime pas trop le mot de "post-modernisme" tu as bien mieux synthetiser ma pensée que moi...
