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mercredi, 23 août 2006

"Do no van." - "Ok."

- I love 60's #3 -

Je m'emmerde. Je vais vous parler du génie.

A quoi reconnaît-on le génie ? Van Gogh n'a pas été perçu comme tel de son vivant alors qu'il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands peintres au monde. Il y aurait dans le génie un décalage intrinsèque avec son époque qui semble conférer une impossibilité aux contemporains de le reconnaître. Un présent trop aveugle ou trop aveuglé par les génies du passé. Voici un bien étrange et perpétuel dialogue de sourd. Nul n'est prophète en son pays. Nul n'est génie en en son temps.

En réécoutant Revolver, je me demande si nos parents (et grands parents, mais là, nous poussons un peu le bouchon) avaient conscience d'écouter le plus grand groupe de pop au monde. Probablement se disaient-ils avoir à faire à un groupe qui dépassait largement ses concurrents ; mais ce sentiment devait être plus l'effet d'une mode qu'autre chose. La beatlesmania n'est en aucun cas l'expression d'une reconnaissance contemporaine du génie d'un groupe.

Tout au plus celle d'une effervescence féminine devant le premier boy-band de l'histoire de la musique.

Dès lors à partir de quand les Beatles sont-ils devenus "cultes" et considérés comme les plus grands ?

medium_B0000024VP.01._SCMZZZZZZZ_.jpg Je lis souvent des chroniques de nouveaux disques qui emploient le mot "culte" de façon inadéquate : vous savez, ce fameux "déjà culte". Hors, il me semble que l'album culte ne se conjugue pas au présent. Il est le fruit d'une reconnaissance historique qui peut avoir plusieurs déclencheurs.

Le disque culte est profondément lié au souvenir. A la mémoire collective dans une moindre mesure. Celle en tous cas d'une culture ou d'une contre-culture. Il peut coller parfaitement à une époque, et, parce qu'il se trouve là au bon moment, être désigné comme symbole d'une génération. Résumé malgré lui iconoclaste d'une idée, d'un mouvement. Nevermind n'a reçu son statut d'album culte qu'après la disparition de Cobain, manifestation d'une nostalgie trop vite arrivée. Si Cobain était vivant, Nevermind ne serait qu'un bon disque. Rien d'autre.

Il peut, à l'inverse, ne pas coller du tout à son présent et faire ainsi l'objet d'une récupération par les générations futures. Le disque culte a souvent été un disque incompris de son vivant. Rock Bottom (?).

La notion de culte est également attachée bien souvent à celle de tragédie humaine. Que serait le Piper At The Gates Of Dawn sans la vie de Syd Barret ? Simplement le premièr disque de Pink Floyd. Que serait Back In Black sans la mort de Bon Scott, si ce n'est un bon vieux disque de rock'n'roll ?

Le disque culte est souvent le premier ou le dernier disque d'un artiste. Preuve que le culte ne se joue pas des extrêmes. Des disques comme L.A. Woman ou Let It Be puent la fin et c'est bien pour cela qu'on les adule. Ce sentiment d'être là où tout a commencé... ou là où tout a fini.

C'est dire à quel point la notion de culte a à voir avec la fracture et les révolutions. Mais ce bouleversement des codes qui fait qu'un disque tombera dans les classiques est avant tout l'expression du regard de l'homme sur son passé. Ce besoin inhérent à l'espèce humaine de se créer des repères et des âges d'or. Cette peur de l'oubli.

Le culte est immortel. Il est aussi et surtout une vision passéiste de l'histoire.

Un artiste ne crée pas un disque culte. Parce que l'artiste voit vers l'avant. C'est le monde autour de lui qui décide si oui ou non son oeuvre tombera dans l'immobilisme de l'éternité.

Bon enfin tout ça on s'en branle quand même pas mal.

Continuons notre balade dans notre série "Mes parents écoutent Claude François, sortez-moi de là" avec Sunshine Superman (mp3) de Donovan extrait de l'album Sunshine Superman

19:00 Lien permanent |

Vos réactions à cette note



Image Hosted by ImageShack.us abricotnoir :

Perso, l'usage récurrent du terme "culte" me saoule assez vite.

Les mots sont peu à peu réduits à n'avoir aujourd'hui qu'un seul sens, qu'une simple interprétation. La réduction appliquée au mot "culte" par notre culture en vient à dissimuler ainsi, sous la seule reconnaissance médiatique de l'oeuvre, ses qualités intrinsèques, qui deviennent de fait mineures. Ce qui compte dans ce jeu d'apparence, c'est la célébrité de l'oeuvre. Et donc l'envie naïve que l'on acquiert, en tant que lambda, de capter la reconnaissance qui s'en dégage. Si on en parle, c'est sûrement parce que ça vaut quelque chose... Culte, c'est d'abord un appel au désir d'empathie du consommateur, en langage pub.

Paradoxalement, cette réalité de surface s'épuise beaucoup plus rapidement que le contenu de l'oeuvre. L'incessant besoin de nouveauté qui rejette régulièrement au placard tous les nouveaux pseudo-cultes vient de cet raréfaction des sens que l'on pourrait refiler par soi-même au disque. Au contraire, c'est un sens unique qui est privilégié, celui que l'on attend de nous : la possession.

Si ça se trouve, le disque culte, ce serait celui que l'on aimé pendant dix ans sans jamais soupçonner qu'un autre puisse l'apprécier autant que nous. Le reste n'est que trop-plein.


Image Hosted by ImageShack.us Kill Me Sarah :

Ah Donovan.
Il est un peu oublié ce garçon je trouve et c'est dommage.
Parce que cet album et Hurdy Gurdy Man sont magnifiques. (en fait tous ses disques jusqu'en 1971)(après pas la peine).

Et sinon je vais faire mon vieux con, mais c'est la chanson qui est éponyme (def : qui donne son nom à...).


Image Hosted by ImageShack.us Romain :

Oui mais qui de l'album ou de la chanson a réellement donné son nom à l'autre ?

Le titre d'un album peut inspirer celui d'une chanson non ?

Ok c'est tiré par les cheveux...


Image Hosted by ImageShack.us Olivier SC :

1000 merci, Romain, pour ce billet et le morceau offert !!!!

Eh Ponine ! : je sors de ton échange, là, avec KMS ? ;)

Au niveau du concept - je veux dire - ta remarque n'est pas tant tirée par les cheveux que ça. Mais, à l'époque, on faisait des albums, de la musique ; pas des concepts ;) :) Donc : la chanson donnait son nom à la couverture. Quoi, un album ce n'est pas une couverture protégeant un disque ? Ah bon ..... LOL


Image Hosted by ImageShack.us Romain :

Bon, bon, ok, je m'incline... ;)


Image Hosted by ImageShack.us jimbo :

tres bonne idée que ce post pour parler un peu du grand Donovan qui toute sa vie artistique a souffert d'etre la doublure de Dylan (souvenez vous du mepris de ce dernier envers Donovan que l'on peut sentir presque palpable dans le film de D.A.Pennebaker 'Don't look back' aussi il faut réhabiliter Donovan dont la carriere ne se résume pas 'sunshine superman' ou 'Mellow Yellow '( popularisé chez nous par Voulzy sur rockcollection )
Il fait partie des grands oubliés des seventies au meme titre que Nick Drake ou Tim Buckley